Source : (Les Echos 28/11/07).
De sombres nuages s'amoncellent sur les assembleurs automobiles européens, chargés de réaliser des véhicules de petite série pour le compte des grands groupes généralistes. Leurs plans de charge se vident, et leur situation financière devient critique.
Dernier en date, l'italien Bertone vient de demander à la justice le régime du « concordat préventif », qui lui permet de se mettre à l'abri de ses créanciers et de continuer à travailler le temps de boucler un plan de réorganisation. Ce moratoire touche la Carozzeria Bertone, et non ses autres activités de design, d'ingénierie ou de vitrage.
La firme piémontaise, qui s'était spécialisée dans le montage de cabriolets -Fiat Punto, puis Opel Astra- a bien du mal à se remettre de la fin de ce second contrat. La nouvelle version de l'Opel Astra Twintop a été transférée chez GM en Belgique. Une poignée de Mini réalisées pour le compte du groupe BMW sont achevées depuis l'an dernier. Bertone, qui a perdu quelque 37 millions d'euros en trois ans, a une capacité théorique de 70.000 voitures par an près de Turin, mais se demande comment remplir sa chaîne. Il est désormais question d'assembler deux modèles de 4×4 et un pick-up pour le compte de constructeurs chinois, mais le contrat n'est pas encore signé. Le PDG du groupe, Lili Bertone, indique être en pourparlers avec des groupes industriels ou financiers, italiens et étrangers, « pour assurer à Carrozzeria Bertone un avenir dans la construction automobile ».
La situation rappelle fortement celle du français Heuliez, qui a obtenu récemment l'ouverture d'une procédure de sauvegarde, auprès du tribunal de Bressuire. Les dirigeants de l'entreprise sont secondés par un administrateur judiciaire, et les dettes sont gelées. La société des Deux-Sèvres cherche depuis longtemps un partenaire financier, pour le moment sans succès.
Avenir hypothétique
Heuliez a bien du mal à rebondir depuis l'arrêt de la fabrication de la Peugeot 206 coupé-cabriolet, qui s'était très bien vendue. Le véhicule qui l'a remplacé chez Heuliez, l'Opel Tigra, et loin d'avoir le même succès, et l'avenir après la fin de ce modèle (2009) est fort hypothétique. Un contrat a bien été passé avec le chinois Chery, pour développer et produire un toit rétractable pour un futur véhicule. Mais celui-ci, réalisé en Chine, n'aura aucune incidence sur l'activité de l'usine française.
Interrogations voisines chez Pininfarina, un autre très grand nom du design italien, dont la situation financière est de plus en plus fragile. L'entreprise encaissera cette année son troisième exercice déficitaire, et ses pertes s'élevaient lors des neuf premiers mois de l'année à 39 millions d'euros, contre 16 millions lors de la période comparable de 2006. Le groupe produit des véhicules distribués à une faible échelle, comme le coupé Alfa Romeo Brera ou la Ford Focus cabriolet. Il prépare un nouveau plan industriel et financier, avec l'aide du consultant Roland Berger et de Rothschild comme conseiller financier. Quant à l'allemand Karmann, qui pourrait fermer son usine d'Osnabrück lorsque le contrat en cours sur l'Audi A4 cabriolet prendra fin, il devrait délocaliser la fabrication de ses capotes en Pologne pour bénéficier de meilleurs coûts.