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Thursday, May 14, 2009
  
HEULIEZ : l'heure de vérité pour le FSI
Source : (Les Echos 14/05/09).

Ses dirigeants et ses administrateurs le répètent sur tous les tons : le fonds stratégique d'investissement (FSI) ne peut pas tout faire. « Ni magicien ni pompier », il doit agir comme un investisseur avisé en se conformant à des orientations stratégiques et à des doctrines d'investissement strictes. Avec l'aggravation de la crise économique, le message n'est cependant pas simple à faire passer. Comment répondre aux patrons d'entreprise dont le dossier a été écarté, et qui répandent leur amertume dans les médias ? Comment faire quand les élus locaux défilent avec les salariés pour appeler le fonds à la rescousse ? Comment résister à la pression quand le gouvernement s'empare lui-même d'un dossier sensible ?
Oublions un instant les critiques, les grands discours et les suspicions. Jugeons les actes qui, seuls, donneront corps au « fonds souverain français ». Le FSI a examiné à ce jour quelque 80 dossiers. Il en a rejeté un certain nombre et conclu quatre investissements dans des entreprises de taille et de métiers divers, qui résument peu ou prou ses ambitions : développer des PME de croissance (Led to Lite), accompagner des entreprises de taille moyenne susceptibles de créer de la valeur (Daher) ou présentes dans des secteurs en mutation (Farinia) et sécuriser le capital de nos fleurons industriels (Valeo). Mais c'est un cinquième investissement, annoncé par le gouvernement quoique loin d'être bouclé, qui va servir de test : celui dans Heuliez.
Petit rappel des faits. L'équipementier automobile de Cerizay, dans les Deux-Sèvres, est sur le déclin depuis des années. Il a bien diversifié son activité vers l'aéronautique et les TGV, mais un peu tard, si bien que le groupe familial se retrouve, en ce début 2009, au bord de la cessation de paiements. Salariés et dirigeants sont dans la rue. Les élus, Ségolène Royal en tête, donnent à l'affaire une tournure politique. Fin mars, le gouvernement promet que le FSI va engager 10 millions d'euros à trois conditions... qui sont encore loin d'être réunies. D'abord, un « business plan » qui tienne la route. Le projet de voiture électrique peut être celui-ci. Il mérite en tout cas d'être étudié en faisant le pari que ces petits véhicules intéresseront dans deux ou trois ans des collectivités pour des déplacements urbains. Mais le projet ne mobilise aujourd'hui qu'une cinquantaine des 1.000 salariés du groupe. Les autres ne pourront participer à l'assemblage des véhicules que dans douze à dix-huit mois. Ensuite, un nouveau tour de table. Pour l'instant, seul le FSI et la région Poitou-Charentes ont promis de mettre au pot pour, respectivement, 10 et 5 millions d'euros. Le concours des investisseurs privés et des banques se fait attendre, Heuliez ayant besoin d'au moins 30 millions d'euros supplémentaires pour mener à bien son projet. Enfin, une contribution des actionnaires familiaux. La famille Queveau a déjà fait savoir qu'elle n'avait pas les moyens de participer à la recapitalisation.
Heuliez a été placé en redressement judiciaire pour six mois, ce qui lui donne un peu de temps pour trouver des solutions. Etant entendu que le dénouement de ce dossier sera exemplaire. Si le FSI finit par investir sans que soient remplies les trois conditions initiales, la jurisprudence sera désastreuse. Pour l'équipementier et ses salariés d'abord, car on risquerait de mettre sous perfusion une entreprise qui semble condamnée en retardant les décisions douloureuses, mais nécessaires. Pour le fonds ensuite, qui aurait alors bien du mal à justifier sa qualité d'investisseur avisé, verrait sa gouvernance décrédibilisée et serait détourné de sa mission.
Il existe en effet d'autres outils pour redresser les entreprises en difficulté et tenter d'en pérenniser les emplois : le Ciri, la médiation du crédit, le tout jeune fonds d'investissement social... Le FSI n'a pas été créé pour cela. Il n'en a ni les moyens ni les équipes. En revanche, il sera dans son rôle s'il parvient à fédérer autour de lui un tour de table pour concrétiser le projet de voiture électrique, dans une démarche de capital-risque. Il sortira de cette affaire par le haut s'il fait preuve de sa capacité à contrecarrer les pressions de toutes sortes.
L'enjeu est majeur, car, dans quelques années, les contribuables seront en droit de demander au fonds des comptes sur les 20 milliards d'euros d'actifs (dont 6 milliards de « cash ») qui lui ont été confiés par l'Etat et la Caisse des Dépôts.

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