Source : (Les Echos 06/06/08).
Dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie, les députés ont réduit hier les délais de paiement des entreprises à 60 jours calendaires. Une mesure saluée, sur le terrain, par les PME.
« Cela va clairement dans le bon sens », se félicite Jérôme Frantz, à propos de la réduction des délais de paiement à 45 jours fin de mois - ou 60 jours calendaires -, votée hier par les députés dans le cadre du projet de loi de modernisation de l'économie (LME). Même si la Confédération française du commerce interentreprises tire la sonnette d'alarme sur le risque d'une hausse de l'endettement bancaire des PME lorsque cette réforme entrera en vigueur en janvier 2009, les patrons sont nombreux à partager l'opinion du directeur général de Frantz Electrolyse (traitement de surface des métaux, 200 salariés).
Et pour cause : en France, les délais de paiement dépassent parfois 120 jours et restent en moyenne trois à quatre fois plus longs que dans la plupart des autres pays d'Europe. Un véritable casse-tête pour la gestion de trésorerie, première cause de défaillance des entreprises. Surtout pour celles dont l'activité dépasse les frontières de l'Hexagone. « Nous sommes payés à 60 et 120 jours par nos donneurs d'ordre, mais nous devons régler nos fournisseurs allemands ou américains à 30 jours, ce qui fragilise non seulement l'entreprise mais freine son expansion », déplore Yves Daunas, PDG de Delta Equipements (automation, 31 salariés). Un avis partagé par Jérôme Frantz : « Chaque jour gagné est une manne de trésorerie pour une entreprise comme la mienne, tributaire à la fois de ses clients de l'automobile et ses fournisseurs de métaux et d'énergie. »
Peu de recours
Sur le terrain, l'impact de l'accord interprofessionnel signé dans l'automobile en 2007, pour ramener les délais de paiement de la branche à 60 jours nets au 1er septembre prochain, reste encore limité. « Nombre de donneurs d'ordre continuent de payer leurs sous-traitants à plus de 100 jours », constatait l'Observatoire des délais de paiement, en mars. Les nouvelles règles du jeu sont compliquées par des process internes toujours plus contraignants et mondialisés, souligne Guy Jourdan, fondateur et cogérant de la SARL Les Communicants (conseil en communication, 28 salariés). « Parmi nos clients figure un groupe automobile étranger établi en France, dont la facturation est gérée depuis l'Inde, et la comptabilité et le paiement depuis l'Europe de l'Est. Bilan : le règlement de notre dernière facture - acquittée en désespoir de cause par la comptabilité de la filiale française - a réclamé plus de six mois », déplore-t-il. Exceptionnel ? Il l'espère. « Quand l'argent ne rentre pas, comment payer les salaires en fin de mois ? Comment survivre ? », s'interroge-t-il.
Une inquiétude accrue, chez les artisans et dans les très petites entreprises, par la hausse des prix des matières premières. « Quand les clients tardent à payer, cela peut tuer, surtout dans un contexte aussi tendu », estime Patrick Liébus, dirigeant de Couverture Zinguerie de l'Ain (9 salariés). D'autant que, face aux mauvais payeurs, les petits entrepreneurs ne disposent que de peu de recours. Pas question en effet de s'engager dans des procédures coûteuses quand on peine à assurer son besoin en fonds de roulement. « Difficile de recourir à l'affacturage quand l'essence de notre activité est d'avoir de bonnes relations avec nos clients », pointe Guy Jourdan, qui préfère demander à sa banque un financement au titre de la loi Dailly de 1981 sur les cessions de créances, prévue justement pour les retards de paiement des clients et susceptible de moins froisser ces derniers.